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dimanche 18 mars 2012

Gnaouas djinn et world music


   
dans l'ombre des moussems et de leurs cérémonies traditionnelles,les lilas offrent d'impressionnantes scénes de transe collective et cathartique,sur les rythmes envoûtants et désormais célèbres de ma musique gnaouie.

Selon la croyance populaire,Les Gnaouas ont le pouvoir d’apprivoiser les démons avec  leurs  qraqeb ,longues castagnettes en fer et tbal,tambours ornés,instruments complémentaires du gembri,Les cérémonies sont émaillées de kûyûs,ballets acrobatique prémices de la transe libératrice.

Considérée au mieux comme une mélopée lointaine et archaîque,au pire comme l’accompagnement de dangereux rites d’exorcisme,sont devenus de véritables célébrités.Mahmoud Guinéa,un des maâlmine(au singulier maâlam :chef de confrérie et maître de musique)gnaouis d’Essaouira,a même accédé au statut de vedette mondiale,à tu et à toi avec Randy Weston ou Carlos Santana.

Comment cette volte-face a-t-elle pu se produire ?

Certainement pas grâce aux Marocains,répond,cynique,le mensuel chérifien Tel quel(juin 2002). «Même si le rite gnaoui a toujours été bien vivant,pratiqué aux quatre coins du pays, il est toujours resté très discret. La faute sans doute à une réputation de non-conformisme religieux. Les Gnaouas doivent leur salut aux étrangers qui ont fait découvrir aux habitants de ce pays leur propre musique»,peut-on lire en introduction d’un dossier consacré à la «gnaouattitude».Une des raisons de cette si soudaine popularité est certainement à rechercher dans les mélodies gnaouies elles-mêmes .Accrocheuses en diable ,elles subissent peu d’influence arabe et chevauchent des gammes identiques à celles du blues.Et pour cause , Les Gnaouas se réclament de Bilal,esclave abyssin qui guérit Fatima, la fille bien-aimée du prophète, avant que Mahomet l’affranchisse et en fasse le premier muezzin de l’histoire de l’Islam.Symboliquement, l’ancêtre Sidna Bilal incarne la synthèse entre culture africaine et pensée musulmane .Descendants des esclaves du Mali ,du Sénégal, du Soudan ou de la Guinée (d’où leur nom),convoyés au Maroc par les marchands berbères et arabes,Les Gnaouas sont regroupés en confréries implantées pour la pluparts au sud du pays.Dans la région d’Essaouira, ancien port de Tombouctou, ces populations noires ont été déportées en deux vagues.Au début du   XVIIe   siècle, elles ont fourni  la main-d’œuvre des sucreries saâdiennes avant d »être réquisitionées pour l’édification de la citadelle souirie(fin XVIIIe sciècle).Dnas le chan Gnaoui«Boulila» (le maître de lanuit),on trouve trace de ce déracinement : «Il était possédé par une jania (diablesse),ô Boulila ! Ils m’ont amené, ô mes amis,Boulila !Du soudan, ils m’ont amené ! »

Bien que les gnaouas ne possédent au Maroc de mausolée où serait enserveli leur maître fondateur,ils disposent d’une zaouia, centre religieux et spirituel dédié à Sidna Bilal, qui se situe dans la médina d’Essaouira , à proximité de la porte Al Bahar et du mellah,Aujourd’hui,l’ancienne Mogador est d’ailleurs reconnue comme la ville gnaouie par excellence.Surtout depuis 1998 et la naissance d’un festival international dont ces troupes musicales constituent la principale attraction.Elles sont composées généralement d’un maâlam, de six à dix joueurs de qraqeb(Qraqeb ou crotale,instrument complémentaire du gembri conçu comme une double castagnette en fer qui forme 8) ou crotales reconnaissables à leurs coiffes ornées de coquillages sacrés,d’un chanteur et diseur de paroles appelé harkssou.L’idée de cette manifestation rassemblant chaque année,en juin,plus de 100 000 adeptes ,a germé dans l’esprit de Naîla Tazi,directrice d’une agence de communication.Elle est convaincue qu’«en partageant notre patrimoine et nos valeurs, nous nous sentons renforcés dans notre identité».Parce que la musique gnaoui,par son cousinage avec le jazz et le rock, offre surtout d’énormes potentialités de fusion et peut occuper, tout comme le son cubain ou cap-verdien, le créneau porteur de la world music .Il ne s’agit là que la partie visible, car profane, de la tradition gnaouie, qui assume aussi auprès de la société marocaine une fonction thérapeutique et sacrée.Ce fameux «non-conformisme religieux» maintes fois dénoncé.Teintée de soufisme,elle s’articule autour d’un rite nocturne de possession dont le but est de congédier les démons, ces djinn que chacun porte en soi,Djinn qu’une tradition accuse, certains soirs d’été, de se faire la courte échelle pour fourrer leur nez chez les bons génies , qui les accueillent, eux, à coups de pierres : ou comment naissent les étoiles filantes….Ultime recours face à l’impuissance des docteurs, ce rite a la réputation de chasser certains troubles névrotiques, voire de guérir la stérilité ou les paralysies.Comparable au vaudou haîtien ,cette médecine occulte a ses consultations très privées :Les lilas qui associent étroitement état de transe,rythmes effrénés et pratiques mystiques,Mourad Raham,propriétaire de la très sélecte Villa Quieta à l’entrée d’Essaouira -preuve que ces rituels touchent toutes les couches de la société marocaine-,le confirme : « Lorsque je traverse une période d’angoisse, je fais venir les Gnaouas.Ils me soignent l’âme.»



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